Souvent, à trois heures de l'après-midi, si je me trouve à proximité de lycées, la psychose commence.
Déjà, les adolescents de cette génération (ceux qui ont au moins quatre ans de moins que moi) sont arrogants et prétentieux, croient que le monde va leur tomber dans les mains (non mais bouffon t'as pas entendu que ton île est en train de subir une récession d'une austérité à crever et que tes parents vont devoir payer 9000£ par an pour que t'ailles à l'université?) mais en plus portent des uniformes.
D'un point de vue français, le costume est l'apanage des gens qui travaillent, leur conférant une certaine importance et air d'intelligence même s'ils sont des subalternes. Quand on voit quelqu'un en costume dans la rue on ne peut s'empêcher inconsciemment d'avoir le sentiment qu'il a de l'argent, du pouvoir ou une matière grise hors du commun.
Et quand le sérieux et la classe du costume se trouvent sur le dos d'un teenager innocent et malpoli, on sent qu'il y a un problème. Imaginez le pire abruti de votre classe avec une veste de costume sur lequel est attaché un écusson aux couleurs de son école, une chemise blanche, une cravate, un pantalon et des chaussures noires cirées "de monsieur"... Tout de suite il a l'air beaucoup plus intelligent avec le look Harry Potter, non?
De ce décalage, de cette imposture naît le malaise. Les élèves anglais ne sont pas plus intelligents ni travailleurs que leurs confrères français qui vont dans des établissements publics et laïcs avec leurs propres vêtements sur le dos, ils en ont juste l'air. De la poudre aux yeux.
Un élève anglais de 16 ans a cours de 9h à 15h45 et ne devra passer que trois matières au bac (A levels), celles dans lesquelles il est le meilleur. C'est vrai que ça aurait été plus facile de ne pas avoir des journées de 8h à 18h ni d'avoir dix matières à passer au bac incluant celles dans lesquelles on a 3/20 de moyenne.
Sortons enfin de l'émotion pure : pourquoi les élèves anglais portent-ils des uniformes, même à l'école maternelle?
D'abord, il s'agit du type d'école : si elles sont privées, et il y en a énormément, l'uniforme est obligatoire, avec une cravate et un pardessus aux couleurs de l'école. Ensuite, selon la dame écossaise pour qui je travaille, il s'agit d'une question d'argent: ça coûte moins cher que de porter ses propres vêtements et il n'y a pas de discrimination. Je tempérerais l'affirmation en précisant que l'école privée dans laquelle vont ses filles coûte 9000£ par an et par tête, et que l'ado adore s'habiller en Jack Wills de la tête au pieds en passant par la taie d'oreiller et le sac de sport.
J'en connais à la fin de l'année qui ressembleront à ça... Ça fait "série américaine" pour nous français, n'est-ce pas? Le rêve devient réalité aussi dans les universités anglaises.
Après avoir passé trois ou quatre ans à faire la fête et se bourrer la gueule tous les soirs (bon, soyons justes, excluons la dernière année qui est difficile) arrive la "graduation ceremony" où ceux qui ont réussi leur licence portent une "academic dress", se font remettre leur diplôme et ont droit à un discours du "vice-chancellor" de l'université. Que d'effets dramatiques pour si peu... surtout pour être au chômage à vingt-deux ans, revivre chez ses parents ou trouver un job de merde au salaire à trois chiffres et vivre à Londres en zone 6.
En France, tout le monde s'en fout qu'on ait une licence, on s'en rend compte un beau jour de Juin en consultant son bulletin en ligne et en additionnant toutes nos moyennes de chaque semestre - et en plus le diplôme n'arrive jamais dans la boîte à lettres, ça doit leur coûter trop cher de l'imprimer. Les parents ne viennent pas nous prendre en photo souriant devant le plus majestueux bâtiment de l'université dans une toge et avec un chapeau bizarre sur la tête. De toute façon il faut faire un master après ça et des stages non rémunérés, sinon rien!
Vous l'aurez compris, les anglais adorent les traditions. Dans certaines universités prestigieuses comme Cambridge, une partie de la cérémonie est même dite en latin.
Mais au-delà de tout ça, il me semble que le jour de la "graduation ceremony" est important pour les étudiants dans le sens où cela marque la fin de l'insouciance, le début de la réalité et du monde du travail. La fin d'un monde où l'on pouvait faire la fête plusieurs soirs par semaine, où l'on avait tous ses amis réunis dans le même endroit. Après ce cap, arrivent les responsabilités, la peur du futur, les difficultés du marché de l'emploi, devoir déménager et perdre de vue ses amis.
En France, passer le cap est peut-être moins dur parce que la vie étudiante n'est pas aussi "sectaire": étudiants et jeunes actifs se mêlent sans problème dans les colocations, les bars, les soirées... La frontière est beaucoup plus poreuse, le contraste entre les deux vies moins saisissant. On a beaucoup de travail dès la première année, on travaille à côté des études, les gens dans l'amphi restent pour la plupart des gens, alors on se fait des amis ailleurs.
Au final, peut-être que travailler est mieux, on a la même vie, mais avec des sous en plus.

En fait, l'uniforme scolaire est obligatoire dans tous les écoles de l'état, mais dans certains école privées on porte ce qu'on veut.
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